Comprendre nos chiffres
Chaque terme technique du simulateur, expliqué en français clair — avec ce qu'il faut retenir pour lire nos chiffres sans se tromper.
Une projection répond à « que donneraient les sondages d'aujourd'hui, appliqués à la carte électorale ? ». Une prévision prétendrait deviner le résultat du jour du vote. Nous faisons la première, jamais la seconde : d'ici au scrutin, l'opinion bougera — et nos chiffres bougeront avec elle, à chaque mise à jour. D'où notre devise : des projections, pas des prévisions.
Une méthode qui porte le nom du casino, et ce n'est pas un hasard : plutôt que de calculer un seul résultat, on rejoue l'élection 10 000 fois en faisant varier, à chaque fois, ce que les sondages pourraient avoir manqué — leur marge d'erreur, leurs angles morts régionaux, les surprises locales. Chaque rejeu est un scénario. Compter les scénarios donne les probabilités : si le PQ obtient sa majorité dans 4 100 scénarios sur 10 000, ses chances de majorité sont de 41 %.
L'Assemblée nationale compte 127 sièges : un parti est majoritaire à 64 sièges et plus — il gouverne seul. « Minorité PQ 53 % » se lit : dans 53 % de nos scénarios, le PQ termine premier mais sous les 64 sièges — il gouvernerait sans majorité.
Le résultat du milieu : la moitié des scénarios donnent plus, la moitié donnent moins. « PQ, médiane 61 » veut dire : dans la moitié de nos 10 000 scénarios, le PQ dépasse 61 sièges ; dans l'autre moitié, il fait moins. La médiane peut différer du décompte de la carte — voir le point et la fourchette ci-dessous.
La bande colorée de nos graphiques va du 5ᵉ percentile (p05) au 95ᵉ percentile (p95) : seulement 5 % des scénarios tombent sous le premier, seulement 5 % au-dessus du second. Autrement dit : 9 scénarios sur 10 tombent dans la bande. « PQ 39 à 75 » se lit : il serait étonnant — pas impossible — que le PQ sorte de cette zone.
La carte et le bandeau affichent le point : chaque circonscription donnée à celui qui y mène aujourd'hui — un scénario lisible, celui du centre. Les chances affichent la fourchette : ce que deviennent les sièges quand on laisse l'incertitude jouer. Les deux peuvent différer sans se contredire : un parti deuxième dans trente circonscriptions peut n'être premier nulle part (0 siège au point) tout en gagnant quelque part dans presque chaque scénario (médiane bien plus haute). Ce n'est pas un défaut : ce sont deux questions différentes.
Contraction de now (maintenant) et forecast (prévision) : une projection valable au moment où elle est publiée, à deux conditions affichées — si l'élection avait lieu aujourd'hui, et si les sondages sont justes. Ce que la campagne changera d'ici au vote n'y est pas, par principe.
Nous ne suivons pas un sondage, mais leur combinaison : chaque sondage reçoit un poids selon la maison qui l'a réalisé, son type et son âge — un sondage récent pèse plus qu'un vieux, et son poids fond de moitié tous les 45 jours. La liste des sondages retenus est publique (les sondages de cette mise à jour) ; les coefficients exacts sont notre recette maison.
Comment on passe des sondages québécois aux 127 circonscriptions : le résultat 2022 de chaque section de vote est étiré ou comprimé selon le mouvement de sa région. Si la CAQ vaut la moitié de son score de 2022 dans une région, chaque section de cette région voit sa part CAQ réduite dans la même proportion, puis le tout est ramené à 100 %.
La plus petite brique de l'élection : votre bureau de scrutin, au plus 475 électeurs. Le Québec en compte 16 523. C'est à cette échelle que nos calculs travaillent — pas à la moyenne d'une circonscription.
Les sondages mesurent la population ; or tout le monde ne vote pas — en 2022, 74 % des 55 ans et plus ont voté, contre 54 % des 18-34 ans (Élections Québec). Nos projections corrigent les intentions vers l'électorat probable : celui qui se rend vraiment aux urnes, un peu plus vieux que la population sondée.
Chaque circonscription a sa vie propre : un candidat vedette, un enjeu local, une machine de terrain. En mesurant les élections passées, on sait de combien une circonscription dévie typiquement du mouvement de sa région — de 4 à 7 points selon le parti. Nos simulations secouent chaque circonscription de cette amplitude mesurée : c'est pour ça que les fourchettes sont larges, et c'est honnête.
Le risque que les marges d'erreur de tous les sondages penchent du même côté en même temps — c'est arrivé : aux trois dernières élections, l'écart final favorisait le PQ chaque fois, et la CAQ a été sous-estimée de 4 à 5 points en 2018 et 2022. Nos simulations incluent ce risque, calibré sur ces écarts mesurés. C'est lui qui ouvre les queues des fourchettes — les scénarios d'effondrement ou de surprise qu'un modèle trop confiant déclarerait impossibles.
Les circonscriptions où l'avance du meneur est sous 3 points — la zone où tout peut basculer. De 1 à 3 points, c'est très serré ; sous 1 point, c'est un pile ou face.
Nos 10 000 scénarios partent d'un germe de hasard enregistré — la graine. Avec elle, la simulation peut être rejouée à l'identique, au scénario près, des années plus tard. Un chiffre qu'on ne peut pas rejouer n'est pas un chiffre défendable ; tous les nôtres le sont.
La chaîne complète — données, tests, calibrage — est décrite dans notre méthode.